Interview de deux anciens GO du Club Med

Le Club Méditerranée (CM), plus communément appelé « le Club Med », incarne depuis des décennies l’esprit des vacances tout compris, du soleil et de l’aventure.
Derrière ce succès se cache une équipe dévouée : les G.O. (Gentils Organisateurs), dont l’unique mission est de vous faire passer des moments inoubliables pendant votre séjour. Par ailleurs, les passagers sont justement appelés les Gentils Membres (GM®) 😉

Dans cet article, deux anciens G.O. nous partagent avec passion leurs parcours, leurs défis, et leurs moments inoubliables. Découvrez avec eux les coulisses de cette expérience unique, où le travail rime avec convivialité, découvertes et vie sous les tropiques.

Le parcours personnel

En quelques lignes, pouvez-vous vous présenter et nous dire quand avez-vous rejoins le Club Med (et pour combien de saison) ? 

Cécile : Je m’appelle Cécile. Je suis belge et j’ai rejoins le CM en 1996 (si je ne me trompe pas…) pour 2 saisons.

Stéphane : Bonjour ! Je m’appelle Stéphane et j’ai rejoins la team G.O du Club Med juste après mon service militaire en 1994, et j’ai fait 4 saisons, dont 2 de 1 an chacune.

Comment avez-vous découvert le Club Med et qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre l’équipe des GO ?

Cécile : Je connaissais déjà le CM en tant que club de vacances assez haut de gamme. Quand j’ai décidé de postuler, je travaillais comme esthéticienne dans un Yves Rocher en tant que stagiaire quand une cliente est venue. Elle revenait d’avoir passé 2 mois au Mexique comme job étudiant et elle m’a fait rêvé….

Stéphane :  C’est en discutant avec l’un de mes camarades durant mon service militaire que ce dernier m’a présenté son séjour au pair au Club Med au Mexique avec ses parents.
J’ai postulé en tant que cuisinier et je me suis présenté Place de la Bourse à Paris pour un entretien individuel et collectif sur la présentation du groupe. 2 jours après, je partais en Suisse en remplacement !

Pouvez-vous nous parler de votre formation avant de commencer à travailler au Club Med ?

Cécile : Après avoir obtenu mon BAC, je suis partie un an au Brésil dans une famille d’accueil dans le cadre du programme d’échange inter-culturel A.F.S. Après cela, j’ai commencé des études d’esthéticienne à Bruxelles.

Stéphane : J’ai d’abord obtenu mon CAP de charcutier-traiteur qui m’a permis de faire une année d’ouvrier à Paris. À la suite de cela, j’ai passé mon BP de traiteur au Mans et j’ai ensuite fait mon service militaire en tant que cuisinier au cabinet du Ministre de la Défense à Paris.
Quand j’ai postulé au CM, j’ai rapidement été envoyé en Suisse sans formation pour un remplacement de deux mois. J’ai ensuite fait une formation d’une semaine à Marbella au Don Miguel avant d’embarquer sur le Club Med One, l’un des deux plus grands paquebots à voiles du monde.

Quel a été votre (premier) poste et comment vous êtes-vous senti(e) en débutant dans cette aventure ?

Cécile : Mon premier poste a été esthéticienne sur le paquebot de croisière le Club Med 2 en Polynésie. J’ai été très heureuse et flattée par cette première affectation car le bateau était un peu le graal pour les GO. Pour un premier emploi c’était un peu le rêve !

Stéphane : J’ai commencé en tant que responsable des buffets froids en Suisse à Villars-sur-Ollon où mon intégration a été facilitée par la connaissance fortuite du chef de cuisine (dont je connaissais le frère pour l’avoir fréquenté durant mes études). 
Par la suite, j’ai été nommé Second buffet froid sur le bateau CM1, puis Responsable buffet froid sur le CM1 toujours. J’ai ensuite été Responsable buffet froid sur le CM2 pendant an et enfin Responsable buffet froid à Méribel.

Votre vie de GO®

Comment s’organisait une journée type pour vous en tant que GO ?

Cécile : Le jour des arrivées, le réveil  était à 4h du matin, contre 6h les autres jours. On commençait par l’habillage avec l’uniforme du jour avant de prendre un petit-déjeuner rapide à la table des GM (les passagers). Ensuite, descente des zodiacs suspendus dans l’eau. En tant qu’esthéticienne, je faisais partie de l’équipe des sports, donc toute la matinée, j’aidais aux sports nautiques (l’arrière du bateau s’ouvrait sur le lagon) pour permettre de pratiquer du ski nautique, planche à voile, kayak, plongée…

  • 12h30 – 13h : retour en cabine pour me changer et aller déjeuner à la table des GM, puis quartier libre ou permanence selon les jours
  • 15h : reprise de la navigation et ouverture du salon de beauté
  • 16h : tea-time, je prenais environ 30 min si je n’avais pas de RDV pour du « public relation » 
  • 19h : retour en cabine pour se préparer au repas
  • 20h : dîner avec les passagers
  • 22h : spectacle auquel il fallait participer
  • 23h : répétition du spectacle du lendemain, sinon passage obligatoire en boîte de nuit 

Minuit voire plus tard : au lit !

Stéphane : Réveil, petit déjeuner en salle comme les G.M, prise de poste, mise en place et service du midi.

  • Pause avec accès à diverses activités (tennis, piscine, plongée,etc…)
  • Reprise de poste vers 17h, mise en place service du soir, puis fin de service rangement et nettoyage.
  • Aide à la préparation des spectacles (non obligatoire pour les cuisiniers) et aide durant le spectacle.

Enfin, ouverture de la discothèque avec du relationnel clientèle avant d’aller se coucher.

Quels étaient les aspects les plus gratifiants de votre travail ?

Cécile : Se réveiller tous les jours dans un nouvel endroit (pour la croisière), rencontrer des gens des 4 coins du monde, pouvoir pratiquer mes 5 langues étrangères, participer gratuitement à des excursions exceptionnelles (tour de l’île en hélicoptère). Mais surtout, travailler dans un décor de carte postale, quel rêve !

Stéphane :  

  • Rencontrer des personnes de tout horizons, autant chez les G.O que les G.M.
  • Voyager à moindre frais (car même si on travaillait beaucoup, on été logé/nourris/blanchis avec quasiment aucun frais)
  • Avoir une valorisation de nos compétences qui remonte à notre responsable d’affectations à Paris et pouvoir demander des affectations de notre choix

Y avait-il des défis particuliers auxquels vous avez dû faire face ? Comment les avez-vous surmontés ?

Cécile : Les spectacles et défilés de mode n’étaient pas vraiment ma tasse de thé, tout comme aller danser le soir sur une piste de danse vide… mais bon ça faisait partie du job. Et nous étions tous logés à la même enseigne, donc ça aide et on se soutient mutuellement.

Stéphane : OUI ! J’ai participé à beaucoup d’évènements particuliers, comme les mariages russes qui duraient 48h non stop ! Mais je pourrais aussi citer :

  • la décommercialisation Kodak, une croisière de la photo avec les 10 plus grands photographes du monde.
  • La croisière du rire avec des humoristes français
  • la décommercialisation Renault France
  • la transatlantique
  • la transpacifique.

Tous ces exemples comportaient différents défis à considérer où l’organisation était minutieusement calculée.

Quelles étaient vos activités préférées ou les plus mémorables à offrir aux clients ?

Cécile : Le pique-nique sur l’île privatisée du Motu Tapu à Bora Bora. Au menu, langoustes grillées à volonté. Il y avait aussi les soirées « cocktail du commandant » où les tenues de soirée étaient de rigueur et où le champagne et le caviar coulaient à flot.

Stéphane : La découverte des escales et des locaux mais aussi les réveillons de fin d’année, les grands buffets ou encore les départs en musique après nos escales.

Avez-vous des anecdotes amusantes ou étonnantes sur des interactions avec les clients ou d’autres membres de l’équipe ?

Cécile : J’en ai même plusieurs ! Sur le bateau j’ai rencontré un monsieur que j’étais persuadée d’avoir déjà vu quelque part mais impossible de savoir où… Ce n’est qu’à la fin du séjour que j’ai percuté que c’était un client que j’avais massé lors de mon stage à l’hôtel Hilton de Bruxelles.

J’ai accueilli personnellement dans sa cabine l’acteur Francis Perrin qui venait fêter son voyage de noces.

Et lors de l’exercice de l’abandon, un membre de l’équipage m’a interrogé sur la différence entre les différents type d’alarme (incendie et abandon). Je venais juste d’arriver sur le bateau et je n’ai pas su répondre, alors je me suis faite convoquer à la passerelle du commandant…

Stéphane : J’en ai plusieurs aussi. Lors d’un lever de soleil dans le Pacifique à 5h du matin afin de faire des photos souvenirs, un G.M m’accoste en me demandant si je n’était pas sur le CM1 l’année passée. Et effectivement, nous nous étions rencontrés là-bas !

Les passagers qui montaient à Cannes pour un déjeuner avaient tendance à emmener “malencontreusement” des salières à l’effigie du bateau, et se voyaient rattraper à l’échelle de coupée par les agents au portique de sécurité…

Rencontres en tête à tête avec les plus grands photographes du monde.

Côtoiement avec des artistes humoristiques connus et des soirées G.O mémorables avec la rencontre de mon épouse actuelle 🙂

Comment se passait la vie en communauté avec les autres GO et les membres du personnel ?

Cécile : Il y avait une super ambiance entre nous ! L’équipe était beaucoup plus soudée sur le bateau qu’à Méribel. Sûrement parce que l’espace était plus réduit et qu’on ne pouvait pas « s’échapper » pour prendre l’air comme on voulait. On était tous unis dans les bons et les moins bons moments.

Stéphane :  Il fallait que chacun fasse preuve d’ouverture d’esprit et de respect car nous étions ensemble pour 6 à 12 mois. Il pouvait y avoir quelques tensions par moment, mais tout revenait à la normale rapidement grâce à l’encadrement des chefs de services et chefs de village notamment.

Voyages et découvertes

Quels endroits avez-vous eu la chance de découvrir grâce à votre travail ? Y a-t-il une destination qui vous a particulièrement marqué ?

Cécile : J’ai eu la chance de faire pendant 6 mois une croisière en Polynésie : Papeete, Moorea, Huahine, Raiatea, Bora bora (2j), Rangiroa, puis retour à Papeete.

Puis la trans-pacifique, avec 2 semaines de navigation sans escale en passant par les îles Vanuatu, les îles Fidji, la Nouvelle Calédonie (Nouméa) et pour finir à Sydney. Notre arrivée dans le port de Sydney, très tôt le matin, escortée par des petits bateaux de pêcheurs, des zodiacs, jet ski, planches à voile et même des dauphins qui sautaient par dessus les stabilisateurs du bateau était magique.

Stéphane : Les îles de la Méditerranée, la Grèce, les Caraïbes, les îles Grenadines, Tahiti, la Nouvelle-Calédonie et le must : Sydney ! 

Comment ces voyages ont-ils influencé votre vision du monde ou votre style de vie ?

Cécile : Ayant vécu dans des pays où le climat était plutôt chaud, au moment où il a fallu poser mes bagages, ma priorité a été un climat agréable et chaud contrairement à ma Belgique natale.

Cette expérience m’a ouvert aux différentes cultures, avoir un esprit ouvert sur le monde et prendre conscience de la valeur des choses car parfois on se plaint sans réfléchir qu’il y a des gens heureux qui se contentent de bien moins que nous.

Stéphane :  Les îles des Caraïbes, les îles du Pacifique et la Nouvelle-Calédonie restent des endroits à protéger mais aussi avec des populations qui vivent avec souvent très peu de ressources. Ce qui est souvent présenté avec des photos “cartes-postales” cache souvent la réalité de vie au quotidien des populations locales.

Réflexions, évolution et rétrospective

Quel impact pensez-vous que votre expérience au Club Med a eu sur votre vie personnelle et professionnelle ?

Cécile : Ma fille aînée s’appelle Hina, le prénom de la déesse tahitienne de la lune, en souvenir de la Polynésie et où j’ai rencontré son père. J’aime les voyages, découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures ainsi que les spécialités culinaires. Je suis maintenant quelqu’un qui s’adapte facilement et qui va facilement vers les autres alors que plus jeune, j’étais assez timide.

Stéphane : L’ouverture d’esprit à la cuisine internationale, au mode de vie des différentes rencontres ou escales. On doit prendre conscience de la chance que l’on a en métropole et que ce monde “carte postale”est très fragile.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui envisage de devenir GO ?

Cécile : Tout d’abord, il faut aimer la vie en collectivité, ne pas être introverti, aimer se surpasser, être très polyvalent et aller facilement vers les autres. Il faut aussi aimer faire la fête et ne pas compter ses heures de travail, savoir faire face et s’adapter aux imprévus. Avoir une bonne résistance physique car à l’époque, c’était des contrats de 6 mois minimum et 7 jours sur 7.

Stéphane :  Je dirais qu’il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, tant lors du côtoiement avec les G.M inconnus, que les G.O et le personnel local. Mais il faut aussi ne pas oublier de respecter les autochtones lors des escales ou des destinations villages.

Avec le recul, y a-t-il quelque chose que vous auriez fait différemment pendant votre temps au Club Med ?

Cécile : J’aurai peut-être profité davantage ou fait quelques saisons supplémentaires. Mais il faut dire que c’était assez fatiguant, nous n’avions aucun jours de repos pendant la saison et nos journées de travail étaient bien remplies.

Stéphane :  Non, je pense avoir donné et profiter pleinement de cette expérience.

Avez-vous gardé des contacts avec des collègues ou des clients rencontrés durant cette période ?

Cécile : Oui bien sûr, grâce aux réseaux sociaux nous sommes toujours en contact.

Stéphane :  OUI !! Depuis la création des réseaux sociaux, des groupes se sont créés afin de se retrouver et de partager nos souvenirs

Si vous pouviez retourner travailler au Club Med aujourd’hui, qu’est-ce que vous aimeriez faire différemment ou revivre ?

Cécile : Je voudrais revivre la trans-pacifique et l’arrivée au petit matin à Sydney. Mais je profiterais aussi davantage de tous les moments

Stéphane : Internet et tout se qui s’y rapporte est une valeur ajoutée à cette expérience enrichissante. De ce fait, beaucoup de possibilités s’offrent aux G.O.

Une aventure humaine unique

Le Club Med, c’est une immersion totale dans un univers unique où chaque jour est une aventure. Les récits de Cécile et Stéphane montrent à quel point cette expérience façonne non seulement une carrière, mais aussi une vision du monde.

Être G.O., c’est bien plus qu’un métier : c’est une manière de vivre, de découvrir et de grandir !

J’espère que cet article vous aura plu, en tout cas moi j’ai pris beaucoup de plaisir à faire cette interview avec mes parents (au cas où vous ne l’auriez pas deviné avec leurs indices 😉) car je ne me lasse pas d’écouter leurs récits de voyage. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez lire l’article sur leurs anecdotes de voyage en cliquant juste ici !

N’hésitez pas à écrire vos questions si vous en avez en commentaire, ils se feront une joie d’y répondre.

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